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L'Avènement de Sri Krsna (suite)


«Ce corps ne diffère en rien des corps que nous voyons dans nos rêves. Pendant notre sommeil, nous fabriquons mille corps fictifs, créés par le mental. Nous avons déjà vu une montagne et déjà vu de l'or; aussi, dans un rêve, combinant peut-être les deux idées, nous verrons une montagne d'or. Parfois, en rêve, nous possédons un corps qui vole dans les airs, et tout est oublié du vrai corps. De même, d'une vie à l'autre, les corps changent; lorsque l'on obtient un corps nouveau, on oublie tout du précédent. Nous pouvons, pendant nos rêves, entrer en contact avec nombre de corps nouveaux, mais au réveil, tous seront oubliés. De même, les corps matériels que nous revêtons sont en fait le produit de nos activités mentales.Et nous ne pouvons, à présent, nous souvenir de nos corps passés.

«Le mental est de nature fébrile. Il rejette parfois ce qu'il a accepté un instant auparavant. Accepter et rejeter, telles sont les fonctions du mental au contact des cinq objets du plaisir des sens: la forme, le goût, l'odeur, le son et le tact. Voué à la spéculation, le mental entre en contact avec les objets du plaisir des sens, et lorsque l'être vivant désire un type de corps particulier, il l'obtient. Le corps est donc une offrande des lois de la nature matérielle. L'être vivant accepte un corps et prolonge son séjour dans l'Univers matériel pour y jouir ou souffrir, selon la structure du corps acquis. A moins d'obtenir un corps particulier, il est impossible pour l'être de jouir ou de souffrir en ce monde selon les tendances mentales héritées de sa vie antérieure. C'est en fait la condition mentale de l'être à l'instant de mourir qui détermine le corps particulier qui lui sera offert.

«Les planètes lumineuses, tel le soleil, la lune ou les étoiles, se reflètent sur la surface de différents liquides -eau, huile, ghi (beurre clarifié). Le reflet se déplace selon le mouvement de ces liquides.
La lune se reflète sur l'eau, et si l'eau ondule, la lune semblera la suivre: mais il n'en est rien. De même, par simple création mentale, l'être obtient différentes sortes de corps, bien qu'en vérité il n'ait nul lien avec ces corps. Mais par la force de l'illusion, par la sorcellerie de
maya, il pense appartenir à un corps d'espèce particulière. Telles sont les voies de l'existence conditionnée. Prenons l'exemple d'un être doté à présent d'une forme humaine: il croit appartenir à la communauté humaine, à tel ou tel pays, à telle ou telle région. Il s'identifie à ces choses et par là se destine un autre corps, dont il n'a nul besoin. De telles créations mentales, de tels désirs, sont à l'origine de diverses sortes de corps. Le voile de la nature matérielle est si épais que les êtres se satisfont du corps qu'ils obtiennent et prennent grand plaisir en s'identifiant à lui. Aussi, je t'implore de ne pas laisser ton corps et ton mental t'ensevelir sous leurs injonctions».

Vasudevademanda ainsi à Kamsa de ne pas nourrir de jalousie contre sa soeur, nouvellement mariée. Chacun devrait s'affranchir de l'envie, car elle engendre la crainte, en cette vie comme en la suivante, lorsque l'on se trouve devant Yamaraja (le deva qui après la mort, juge et punit les pècheurs). Vasudeva fit appel à Kamsa au nom de
Devaki, lui rappelant qu'elle était sa jeune soeur. Il invoqua, pour plaider la cause de son épouse, l'heureux moment de son mariage. Une jeune soeur, un jeune frère doivent recevoir de leurs aînés la protection qu'on donne à un enfant. «La situation est bien délicate, conclut Vasudeva, si tu la tues, ton haut renom s'en trouvera affecté».

 Vasudeva tenta d'apaiser Kamsa en lui donnant de sages conseils et en usant de discrimination philosophique, mais il ne put y parvenir, car ce dernier se trouvait d'ordinaire entouré de compagnons démoniaques. Bien qu'issu d'une famille royale, de haute noblesse, Kamsa garda toujours sa nature démoniaque, à cause d'un entourage démoniaque.L'être démoniaque ne prête jamais l'oreille aux bons conseils. Tel un voleur endurci: on aura beau le raisonner, jamais il ne changera sa conduite. Telle est la distinction entre deva et asura. Ceux qui peuvent se soumettre aux sages conseils et y conformer leur existence, on les qualifie de devas, ceux qui ne le peuvent, d'asuras. Ayant échoué dans sa tentative d'apaiser Kamsa, Vasudeva pensa au moyen de protéger son épouse Devaki. Face à un danger imminent, l'homme d'intelligence doit s'efforcer, autant que possible, de l'éviter. Mais si, malgré toute son intelligence, il ne le peut, on ne doit pas le tenir pour fautif. L'homme doit essayer de son mieux d'accomplir son devoir, et si l'effort n'est pas couronné de succès, il n'en portera pas la faute.

Vasudeva pensa ainsi: «Il me faut pour l'instant sauver Devaki, si plus tard nous avons des enfants, je verrai alors comment les protéger». Une autre pensée lui vint: «Si plus tard j'ai un enfant capable de tuer Kamsa, comme Kamsa en est convaincu, alors et Devaki et l'enfant seront sauvés, car inconcevables sont les lois de la Providence. Mais pour l'instant, il faut que d'une façon ou d'une autre je sauve Devaki».

On ne peut jamais dire comment un être contracte un type de corps particulier, de même qu'on ne peut jamais savoir quels arbres un feu de forêt dévorera. Les flammes, sous l'influence du vent, épargnent un arbre ici et là, et en touchent d'autres. Ainsi, un homme peut mettre toute sa prudence et son attention méticuleuse à accomplir ses devoirs, mais il reste bien malaisé pour lui de prévoir quelle sorte de corps il obtiendra dans sa vie future. 
Bharata Maharaja , par exemple, exécuta avec grande foi ses devoirs sur la voie de la réalisation spirituelle, mais voilà qu'il se prit d'affection pour un cerf, et dut par là revêtir un corps de cerf lors de sa vie suivante.

Vasudeva, ayant réfléchi au moyen de sauver son épouse, de nouveau s’adressa à Kamsa, très respectueusement, bien que ce dernier fût un abominable pécheur. Il arrive parfois qu'un homme de vertu tel Vasudeva doive flatter un être de vice comme Kamsa.Telles sont les voies de la diplomatie. Bien que profondément attristé, Vasudeva montra en son extérieur un air joyeux. A cause de l'affreux caractère du cynique Kamsa, Vasudeva dut s'adresser à lui de la sorte: «Mon cher beau-frère, comprends donc, je t'en prie, que nul danger ne peut advenir de ta soeur. Tu crains quelque péril pour avoir entendu une voix prophétique issue du ciel. Mais selon cette voix, le danger viendra de fils qui ne sont pas même encore mis au monde. Et qui sait? Peut-être ta soeur n'aura-t-elle jamais de fils? Si tu considères bien tout cela, il te sera aisé de comprendre que pour l'instant tu n'as rien à craindre, et nulle raison donc de redouter ta soeur. Qu'elle mette au monde des fils, et je te promets de te les livrer tous; alors tu prendras les mesures nécessaires».

Kamsa, connaissant à sa juste valeur la parole de Vasudeva, se laissa convaincre par ses arguments. Il renonça donc, pour l'instant, à haineusement tuer sa soeur. Satisfait, Vasudeva loua la décision de Kamsa et poursuivit son chemin vers sa demeure.

Devaki mit au monde huit fils et une fille. Lorsque naquit le premier fils, Vasudeva garda sa parole et le porta aussitôt à Kamsa. Il est dit que Vasudeva était fort vertueux et connu pour l'honneur de sa parole; il désirait maintenir ce renom. S'il fut douloureux à l'extrême pour Vasudeva de donner l'enfant, Kamsa, lui, le reçut avec joie. Ce dernier se prit cependant de compassion devant son beau-frère. Le comportement de Vasudeva est un exemple pour tous. Pour une grande âme comme Vasudeva, rien ne peut être tenu pour trop douloureux dans l'exécution du devoir. Un homme de connaissance comme Vasudeva accomplit son devoir sans hésiter.Au contraire, un asura comme Kamsa n'hésite jamais à commettre un acte abominable. Il est donc dit qu'une personne sainte peut supporter toutes sortes de conditions difficiles, qu'un érudit est à même d'accomplir son devoir sans attendre de se trouver dans des circonstances qui s'y prêtent, qu'un homme haineux comme Kamsa peut se livrer à n'importe quel acte coupable, et un bhakta tout sacrifier pour la satisfaction de Dieu, la Personne Suprême.

Kamsa fut content de l'acte de Vasudeva. Il fut surpris de constater qu'il gardait sa promesse; puis, à la fois compatissant et satisfait, il prononça ces paroles: «Mon cher Vasudeva, nul besoin de m'offrir cet enfant. Il ne représente pour moi aucun danger. On m'a prédit que je serai tué par le huitième enfant de Devaki. Pourquoi recevrais-je celui-ci? Tu peux le reprendre».

Sur le chemin du retour, avec son premier enfant, Vasudeva ne pouvait, bien qu'heureux de l'attitude de Kamsa, croire en ses paroles, car il le savait privé de maîtrise de soi. Un athée ne peut maintenir sa parole d'honneur. Celui qui ne maîtrise pas ses sens ne connaît pas la détermination. Le grand politicien Chanakya Pandita a dit: «Ne placez jamais votre confiance en un diplomate ou en une femme». Ceux qui s’adonnent sans frein au plaisir des sens ne peuvent être probes, et l'on ne saurait placer en eux notre confiance.

En ces temps, le grand Narada rendit visite à Kamsa. Il savait que ce dernier avait montré de la compassion envers Vasudeva et lui avait rendu son premier fils. Narada désirait ardemment accélérer le plus possible la venue de Sri Krsna. Il informa donc Kamsa qu'à
Vrndavana, Nanda Maharaja, tous les pâtres et les gopis, et, par ailleurs, Vasudeva, son père Surasena et tous ses proches, membres de la famille Vrsni de la dynastie Yadu, se préparaient ensemble à l'Apparition du Seigneur. Narada prévint Kamsa de surveiller ces familles et leurs amis, comme tous les devas qui y prenaient naissance. Kamsa, ses proches, ses conseillers, tous étaient des asuras.Et les asuras craignent toujours les devas. Après avoir reçu de Narada ces informations, Kamsa se tint en alerte. Il comprenait que puisque les devas étaient déjà descendus sur la planète, Sri Visnu, le Seigneur, apparaîtrait bientôt. Il arrêta aussitôt son beau-frère, Vasudeva, ainsi que Devaki, et les jeta derrière les barreaux. Dans la prison, tenus par des chaînes de fer, Vasudeva et Devaki donnèrent chaque année naissance à un fils, et Kamsa, croyant voir cri chacun Visnu descendu sur Terre, les tua l'un après l'autre. On a vu qu'il redoutait particulièrement le huitième fils, mais après la visite de Narada, il en était arrivé à croire que chacun des enfants pouvait être Krsna. Il crut donc plus sage de faire périr tous ceux qui naissaient de Vasudeva et Devaki.

Le comportement de Kamsa n'est pas difficile à comprendre.On trouve, dans l'histoire du monde, bien des princes et des rois qui tuèrent père, frère, ou toute une famille, ou leurs amis, seulement pour satisfaire leurs ambitions. Rien là d'étonnant, car les asuras tueraient n'importe qui pour réaliser leurs aspirations infâmes.

Par la grâce de Narada, Kamsa devint conscient de son existence précédente. Il sut qu'il était un asura du nom de Kalanemi, jadis tué par
Visnu. Ayant pris nouvelle naissance dans la famille Bhoja, il avait décidé de devenir l'ennemi mortel de la dynastie Yadu; Krsna devant apparaître au sein de cette dynastie, Kamsa avait grand peur d'être à nouveau par Lui tué, comme dans sa vie antérieure.

Il commença par emprisonner son propre père,
Ugrasena, car il était le plus haut roi des trois dynasties Yadu, Bhoja et Andhaka, il occupa ensuite le royaume de Surasena, père de Vasudeva, et se proclama souverain de toutes ces terres.


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